Swipe right sur Paris

Swipe right sur Paris

Il paraît que les rêves sont le miroir du subconscient. Si tel est le cas, celui que j’ai fait la nuit dernière est lourd de sens. J’attendais l’autobus avec des amis et nous partions en voyage dans un lieu lointain. Tout à coup, mon ex est apparu. « Qu’est-ce que tu fais ? », m’a-t-il demandé. Je lui ai dit que je partais. Il m’a alors avoué vouloir venir avec moi. « Mais c’est toi qui m’as quittée», ai-je pensé, avant d’hésiter en le contemplant. Je lui ai finalement répondu que je préférais m’en aller toute seule. Je suis alors entrée dans l’autobus, sereine, et ai regardé en avant.

Débarquée à Paris le mois dernier, après avoir passé l’automne à pleurer en petite boule sous la douche en maigrissant de 10 lbs parce que les craquelins étaient devenus la base de mon alimentation ; l’hiver à maudire tous les hommes de la terre (mon ex) et à reléguer tous ceux qui s’approchaient dans la friendzone que tant redoutent, j’ai réalisé que j’avais encore un cœur qui battait, ne serait-ce que pour lui-même. Je me suis même surprise à penser que « ouais, j’aurais peut-être envie de revivre ça, finalement ». Le « ça » étant l’amour, pas la fracture du myocarde, même si le scénario reste toujours possible. Je me suis donc inscrite sur Tinder, en me disant que je n’avais rien à perdre. Même si, rationnellement, m’enticher d’un mec qui vit en Europe serait tout sauf sage (mais l’amour est-il sage ?) et me ferait revoir certaines priorités.

Ayant déjà utilisé l’application à Montréal, je l’avais effacée après seulement trois jours. Découragée, j’avais à ce moment regretté de vivre dans un monde si peu romantique, et j’étais à l’aise avec le fait de devenir une crazy cat lady. Comprenez-moi bien, je n’ai réellement jamais bien su comprendre les codes du dating. Je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de saisir quelques grandes lignes de l’art de la drague à la française, question de la comparer avec celle du Québec.

J’avoue humblement qu’à Paris, j’ai plus souvent eu l’envie de swipe right qu’à Montréal. Ma première constatation a été de remarquer qu’en ligne, les Français maîtrisent davantage l’art de la conversation éloquente que leurs homologues québécois. Également, les hommes cherchant une aventure d’un soir l’affichent de manière beaucoup plus évidente, ce qui permet un tri plus facile.

La galanterie existe encore

Chez nous, après un premier rendez-vous, on ne sait jamais si le gars paie le premier verre ou si on partage l’addition. Ici, c’est l’homme qui s’en charge. C’est aussi l’homme qui drague. Hourra !

France 1. Québec 0. (oui, je suis vieux jeu de même)

N’empêche qu’à Paris, sitôt deux ou trois dates passées avec le même homme, j’étais toujours prise de ce sentiment de culpabilité. Et si le gars est vraiment intéressé ? Je ne veux pas passer pour une profiteuse… Est-ce qu’il me plaît? Et s’il veut venir chez moi ce soir et que je lui dis non, parce que je juge que c’est trop rapide? Mon cerveau féminin s’est mis à surchauffer devant autant de questions existentielles. J’ai tout de même cru bon de résister à l’envie de m’enfuir en courant, souvent même avant le premier rendez-vous, afin de poursuivre l’expérience… et de payer des verres à mon tour pour calmer mes angoisses.

J’ai aussi remarqué qu’après un premier ou un deuxième rendez-vous, les hommes n’ont pas cherché à m’embrasser tout de suite, et encore moins à me ramener chez eux. Cela fait changement de Montréal, où je me sentais quasi-anormale de vouloir prendre mon temps en passant pour une fille désintéressée si je décidais de rentrer seule chez moi, même au troisième soir.

France 2. Québec 0.

Au Québec, il y a toujours cette zone grise de fréquentation qui peut être exclusive ou pas – et qui me rendait anxieuse à tous coups – qui se termine souvent par un silence malaisant. En groupe, quand une pote demande haut et fort devant tout le monde « Alors, êtes-vous ensemble, finalement ? », les deux personnes se regardent la plupart du temps, gênées, en bredouillant « Ah ben, je sais pas… Ouais, on va dire que c’est mon chum. – Hein ? Tu veux être ma blonde ? Ça fait seulement trois mois qu’on se voit, c’est trop rapide, c’est fini, je peux pas. » Plusieurs me racontent ici qu’hormis pour les plans cul (communément appelés one night stands ou fuckfriends à Montréal), quand deux personnes partagent finalement un moment d’intimité, c’est parce qu’ils forment un couple.

France 3. Québec 0.

Rafraîchissant, mais pas miraculeux

S’il existe beaucoup de gens maîtrisant l’art de la conversation à Paris, j’ai eu l’impression que certains hommes faisaient preuve de plus de conservatisme. Étant de nature volubile et spontanée, j’ai senti que mon côté familier directement sorti du Québec avait pu en choquer quelques uns. À Montréal, je pouvais lâcher une blague complètement glauque et les mecs me voyaient alors comme leur partner in crime, l’équivalent de leur meilleur pote, mais avec des courbes féminines. Ici, je ressens que cela est parfois perçu, à tort, comme de la frivolité.

France 3. Québec 1.

Également, plusieurs Françaises en relation à long terme me disent que ce sont elles qui s’occupent des tâches ménagères et de la cuisine à la maison. Certaines m’ont même déclaré « qu’un homme qui les aide à faire ménage manquait de virilité à leurs yeux ». Sans vouloir généraliser bien sûr, je peux toutefois affirmer que ce genre de mentalité est plus répandu ici que dans la Belle Province.

France 3. Québec 2.

Aussi, l’adultère semble beaucoup toléré chez les hommes que chez les femmes. L’un d’entre eux m’a avoué qu’il possédait trois smartphones : « Un pour les amis, un pour les affaires et un pour les histoires. » Cela m’a semblé compliqué à gérer… En revanche, une femme qui cherche des rendez-vous sans lendemain, même en étant célibataire, sera très facilement étiquetée de fille facile, voire de salope.

France 3. Québec 3.

Si la France et le Québec sont culturellement très distincts, j’ai toutefois noté certaines ressemblances. Un mec qui n’est pas vraiment intéressé n’osera pas le dire clairement. À l’inverse, on n’a pas à se poser 36 000 questions quand un homme l’est sincèrement. Comme quoi, Greg Behrendt avait mis le doigt sur quelque chose de vrai quand il a écrit He’s just not that into you. En somme, qu’on soit à Montréal, à Paris, à New York ou à Tokyo, certaines réalités demeurent universelles.

Bref, après ces expériences très enrichissantes d’un point de vue sociologique, je me rends compte que ce que Robin a dit à Ted dans la série How I Met your mother est vrai : « if you have chemistry you only need one other thing, timing. But timing is a bitch ».

En attendant mon happy ending à la Bridget Jones’ Diary avec un Mark Darcy (ou un De Quelque Chose !) – quitte à courir en bobettes dans la neige, comme je me plais souvent à le répéter-, je me dis qu’au lieu de voir trop de films américains, je devrais en profiter pour continuer à voyager 😉

PS Si vous voulez plus d’anecdotes croustillantes sur mes péripéties à Paris, n’hésitez pas à aimer la page suivante sur Facebook.

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