Mariage québéco-bourguignon et esclavage ferroviaire

Mariage québéco-bourguignon et esclavage ferroviaire

La seule raison de se marier à mon humble avis est celle de l’amour mutuel. C’est ce qui a amené mes amis Alexandre et Natacha à se dire oui, pour le meilleur et pour le pire (mais surtout pour le meilleur !), au beau milieu de la Bourgogne, samedi.

Mes amis sont à l’image du couple formé par Lily et Marshall dans la sitcom How I met your mother : drôles, attachants, complices, complémentaires. Il est Québécois, analytique, volubile, au sens de l’humour aussi gentil que celui d’un Câlinours ; elle, Française, sensible, timide et à l’ironie ultra développée. Oui, ils sont différents. Et tellement parfaits l’un pour l’autre.

Personne ne peut passer à côté du lien qui les unit. Dès le premier regard, ils sont tellement beaux à voir. La relation dont je rêve est un peu à l’image de la leur, ce que je ne peux pas affirmer au sujet de tous les couples de mon entourage. Oui, je suis un brin envieuse de leur bonheur. J’ai même versé une larme durant leur déclaration d’amour mutuel. C’était à la fois simple, drôle et criant de vérité.

J’ignore si la vie prévoit qu’un jour, ce soit mon tour de dire oui à un homme extraordinaire, mais j’ai été l’heureuse chanceuse qui a attrapé le bouquet.

« Il va falloir que je réinstalle Tinder ! » ai-je blagué, en croyant malgré moi un peu à ce genre de superstition, mais en persistant dans l’idée de me tenir loin des applications de rencontres.

I've got the #bouquet !!! #wedding #canadianhat #wishmeluck

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La Société du Niaisage complètement frustrant 

Ce weekend qui avait commencé sur une si belle soirée a malheureusement tourné au vinaigre le lendemain à cause de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), ou comme je me plais à la surnommer, la Société du Niaisage complètement frustrant.

Cette entreprise gérée par des deux de pique a annulé mon billet de retour et ce, sans préavis. La raison ? Une grève locale quelconque dont les enjeux sont obscurs. J’avais l’impression d’être de retour à l’UQAM, à perdre des journées de cours en me faisant expulser du local de classe sous n’importe quel prétexte. Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre l’idée de faire la grève et de se battre pour ses droits. J’estime simplement qu’utilisé à outrance, ce moyen de pression fait perdre toute crédibilité. Et encore plus, comme dans ce cas-ci, où personne n’est au courant de rien.

« Tu me niaises, câl***e ! Pourquoi ils font ça tab****k ! On va être remboursés, au moins, cr**se ?! », ai-je réagi spontanément. Je réfléchissais à une alternative à en creuser des rides sur mon front.

Je me retrouvais donc là, coincée au milieu de la Bourgogne, sans train ni moyen de transport pour rentrer à Paris où je devais être à 15 heures afin de commencer à travailler.

« Os**e de câl***e de sacra**** de bout-d’via**e de cr***e », ai-je répété, nécessitant d’évacuer le surplus de stress qui venait de me monter au cerveau.

Ce qui est pratique en France, c’est que le fait de sacrer en québécois ne me fait pas passer pour une fille vulgaire. Soit les gens ne comprennent rien, soit ils sourient. Je me suis donc fait plaisir.

J’ai finalement trouvé le moyen de m’incruster dans la voiture de l’amie de la mère de la mariée, qui rentrait elle aussi en région parisienne. Merci, chère sauveuse!

Mais la poisse me collait encore à la peau pour la suite des choses. J’ai ensuite perdu mon billet de train de banlieue et dû demander à de gentils Parisiens de me laisser sortir par les tourniquets avec eux afin de pouvoir m’en racheter un.

La moitié des distributrices étaient hors service. J’ai failli me mettre à pleurer devant le message d’erreur d’une machine du RATP. Sur dix d’entre elles, j’ai finalement réussi à en trouver une qui fonctionne. Une seule!

À cause de mon retard assuré pour commencer le boulot, j’ai tenté sans succès de connecter mon ordinateur à mon téléphone cellulaire en tethering afin de rédiger dans le RER, complètement désespérée.

La Régie des Aberrations du transport pas-en-service

À Montréal, j’étais l’esclave de la Société de transport de Montréal (STM) et de ses interruptions de service régulières sur les différentes lignes de métro. À Paris, je suis devenue celle de la Régie autonome des transports parisiens (RATP).

Levée à cinq heures, lundi matin, afin de me rendre à Biarritz, j’ai réalisé que le réseau de trains et de métros était toujours aussi défaillant et mal géré qu’à l’habitude. Dans la nuit noire, je me suis rendue encore à moitié endormie avec mes bagages à la gare située à côté de chez moi.

Après m’être battue avec la distributrice de billets de train qui ne prenait pas d’argent comptant sauf des piécettes et qui n’arrivait pas à lire la puce de ma carte bancaire canadienne, j’ai décidé d’agir comme tout Parisien qui se respecte: monter à bord sans payer, au moins une fois dans la vie. Je me préparais mentalement à faire mine de ne parler que l’anglais en cas de contrôle…

Arrivée à Saint-Lazare, où j’avais une correspondance, j’ai tenté là-aussi d’être une femme honnête et respectable. Il n’y avait rien à faire : les machines distributrices à tickets étaient encore hors service ou n’acceptaient que les piécettes. Comme le préposé à la clientèle n’avait pas encore commencé à travailler étant donné l’heure illégalement matinale, je me voyais contrainte de demander à tous les passants que je croisais s’ils avaient de la monnaie à échanger contre un billet de dix euros.

C’est alors que la chance m’a souri. Un homme plus qu’agréable à regarder m’a proposé de me payer le billet, comme il n’avait pas de monnaie lui non plus et qu’il devait en prendre un pour lui, avec sa carte bancaire.

Mon bon samaritain et moi avons voyagé sur la même ligne durant quelques stations. J’ai donc appris durant ces doux instants qu’il travaillait à Londres, mais qu’il vivait en banlieue de Paris. On a discuté, on a souri. Avant qu’il ne sorte du train, je lui ai demandé son prénom. Thomas, qu’il m’a répondu.

« Merci infiniment, Thomas », lui ai-je dit, le sourire aux lèvres.

« Quand je passerai à Montréal, vous me paierez le billet ! » m’a-t-il lancé.

Assurément, ai-je pensé, ignorant si l’Univers m’avait entendue. Afin de faire taire les mauvaises langues, je spécifie tout de suite que non, je n’ai pas son numéro de téléphone et qu’il n’a pas demandé le mien. Je ne connais de lui que son prénom et la ville où il travaille. La journaliste en moi pourrait fouiller, en stalkeuse professionnelle que je suis, afin de retrouver sa trace, mais je me dis que rien ne sert de forcer le destin (et de passer pour une freak). Et puis, j’ai attrapé le bouquet au mariage ce weekend. Techniquement (I hope !), l’Univers est déjà en train de s’occuper de régler mon cas avec je-ne-sais-qui-dans-un-futur-de-moins-d’un-an.

Paris, j’ai râlé sur ton manque de magie, mais avec cette rencontre brève et fortuite, je retire mes paroles (pour le moment). Se rincer l’œil et sourire facilement, même brièvement, ça n’a pas de prix. Pour tout le reste, il y a ma carte bancaire canadienne qui ne fonctionne qu’une fois sur deux.

Il me tarde d’arriver à Biarritz pour de nouvelles aventures, mais ceci fera l’objet d’un prochain billet.

 

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