Lille: « Y fait frette en tab****k! »

Lille: « Y fait frette en tab****k! »

Après avoir connu une semaine haute en émotions à Paris, j’ai décidé de fuir vers le Nord, afin de me réfugier dans ma famille à Lille. 

J’avais passé les jours précédents à stresser en cumulant les tasses de café comme base de mon alimentation. Mon sang chaud à moitié maghrébin a fait en sorte que j’extériorisais mes angoisses existentielles à qui veut l’entendre en envisageant tous les scénarios les plus extrêmes. Rentrer à Montréal? Cette idée m’a semblé être la meilleure option pendant quelques jours.

« Putain! Je me casse! », ai-je dit à qui voulait l’entendre, préférant déjà utiliser une expression locale plutôt que le traditionnel « Tabarnak, je décâlisse », de mon Québec natal. J’étais déjà prête à réserver illico un vol de retour pour Montréal, afin de retrouver ma vie d’avant, malgré la saveur d’échec qui me resterait sans doute longtemps coincée dans la gorge. Mais ça a l’air que la vie avait d’autres plans pour moi, ici…

Il fallait quand même que je quitte Paris pour quelques jours. Une réservation de Ouibus plus tard, j’attendais de pied ferme le car à la gare de La Défense. Une petite chose importante à savoir pour les voyageurs qui utilisent les services de la SNCF: ils sont (quasi) toujours en retard. Qu’il s’agisse des trains TER, des TGV ou des autobus, il y a une bonne raison pour qu’ils ne soient pas à l’heure: bouchons, chèvre écrasée sur une voie, bris mécanique… tout est plausible, au grand dam des voyageurs qui n’ont pas l’assurance de pouvoir attraper leur correspondance une fois arrivés à destination (et être remboursés? Plutôt rêver…).

La première image que j’ai eue de Lille a été celle des initiations universitaires. Contrairement aux Québécois, les étudiants lillois n’utilisent pas de termes phalliques dans les chansons qu’ils scandent dans la rue. Pas de poupée gonflable, ni de bavures à la mélasse ou au ketchup non plus. Que des bières, et encore des bières. Sitôt bues, sitôt jetées dans la rue. Bref, des initiations aussi arrosées, mais moins humiliantes pour la condition féminine qu’à Montréal… enfin, de ce que j’ai vu!

J’attendais donc mon oncle, debout, au milieu des bouteilles de verre cassées. Avec une température de moins de 10 degrés la nuit, je n’ai pu m’empêcher de me dire: « Il gèle sa race ». Une expression très vulgaire que mes amis français m’avaient apprise à Montréal. En gros, cela signifie qu’il fait frette en tabarnak! À ne pas répéter tout haut.

Il faut dire que j’avais passé les deux premières semaines de mon arrivée à Lyon et en Espagne. Même la météo de mes premiers jours à Paris avait été au-dessus de 25 degrés.

À Lille, affublée de mon coat de cuirette et de mes bottillons noirs, je gelais. Le Nord français, le vrai. Pas aussi froid qu’au Canada, mais frisquet quand même. Le genre d’humidité qui te rentre dans les os. On m’en avait parlé, mais c’était la première fois que je ressentais ses effets. Et on n’est qu’en septembre! Je remercie le ciel d’avoir eu la bonne idée de traîner mon manteau d’hiver canadien dans mes valises en prévision de cet hiver… J’entends déjà les mauvaises langues dire que pour une Canadienne, je tolère peu le froid… Je suis une grande frileuse, je l’assume.

Ici, les maisons sont en briques, contrairement au reste de la France. Comme Lille n’est pas très loin de la Belgique, les moules frites sont assez populaires dans le coin. Ma tante m’a d’ailleurs fait une excellente recette de moules « à la méditerranéenne » et de frites maison. Moi qui n’avait pratiquement rien pu avaler la semaine dernière, voilà que j’ai passé tout mon temps depuis mon arrivée ici à manger mes émotions. À mon retour à Paris: régime.

 

Une maison de briques à Villeneuve-d’Ascq, près de Lille. Photo: Leïla Jolin-Dahel
Le duo moules-frites. De quoi manger mes émotions de la meilleure des façons. Photo: Leïla Jolin-Dahel

Dans les rues, les gens ont une allure moins stressée que celle des Parisiens. J’ai revu un ami que j’avais rencontré à Montréal. Avec tous ses potes qui jouent au hockey, j’avais l’impression de retrouver un petit quelque chose de chez moi, mais en France. Ne manquaient que la poutine et les chicken wings à la Cage aux Sports! Il a beau faire froid, ici, les gens ont l’air d’avoir le coeur chaud! Leur accueil envers la Montréalaise éplorée que je suis m’a donné une bouffée de réconfort et fait énormément de bien.

– Maintenant que tu es en France, on ne te laissera plus repartir au Canada, m’a dit mon cousin.

La gentillesse des gens et l’éloignement de Paris me redonnent des forces afin de remettre à plus tard mon retour à Montréal. Qui plus est, la vie m’a fait un énorme cadeau: je serai dorénavant correspondante à Paris pour le média franco-québécois L’Outarde libérée, en étant assignée aux actualités de la Délégation générale du Québec à Paris, en plus d’y rédiger quelques chroniques d’expat Montréalaise dans l’Hexagone.

Je suis contente que l’Univers ne me laisse pas tomber (ni les Français, d’ailleurs)!

 

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