Lettre d’amour-haine à Paris

Lettre d’amour-haine à Paris

Chère Paris,

On m’a menti sur toi. Tu n’es pas la ville de l’amour. Tu es celle des mirages. Les films et les chansons louent à tort ta réputation. Ils promettent la magie, ils parlent d’amour. Mais ils n’offrent qu’une illusion, sans même évoquer le poids lourd des apparences. 

Paris, je suis rentrée hier pour te revoir. Tu m’as accueillie à chaudes larmes. Tu pleurais tellement que mes cheveux en étaient trempés. Le vent me soufflait à l’oreille: « Pourquoi es-tu revenue? ».

Je suis revenue pour te dire que je suis là, en attente de toi. En attente de ta magie, en attente que tu me souries. Il me tarde de jouer les héroïnes comme dans les films. Mais je suis comme Amélie Poulain, en moins cute et sans le musique de Yann Tiersen en background: timide et solitaire.

J’ai tout quitté pour toi, Paris. J’ai laissé mes biens, mes amis, ma vie… Je sais, je sais, tu vas me répéter que ma relation avec Montréal était tout sauf harmonieuse. Tu vas me rappeler à quel point j’ai horreur de ses hivers noirs aux neiges quasi-éternelles. Tu vas me remettre sous le nez toutes les raisons pour lesquelles j’ai voulu la quitter. Tu vas me sermonner, me disant que tu ne me dois rien. C’est vrai, Paris… mais…

Plus je te côtoie, plus je trouve difficile de t’aimer. Je deviens comme tes habitants: prête à partir voir ailleurs aussitôt que j’en ai l’occasion. Je n’ai pas l’habitude de telles infidélités, Paris. Je fais comme tout le monde, mais sache que j’agis contre ma nature profonde. J’aurais tellement voulu que tout se passe autrement, que tu me laisses m’enraciner dans tes artères. Je t’aurais rendue heureuse, Paris.

J’ai attendu deux longues années avant de te revoir. Durant tout ce temps, je rêvais à toi, je voulais te revoir, je me languissais du moment de nos éventuelles retrouvailles, je n’y croyais plus. Puis, les circonstances ont fait que tout s’est mis en place pour que je puisse rentrer. Il me fallait revenir.

Mais Paris, tu vois, depuis mon retour, j’ai l’impression que je ne suis jamais à la hauteur de tes attentes. J’ai beau me mettre sur mon 31, j’ai l’impression qu’il y a toujours un détail qui cloche. Une mèche de cheveux, un noeud dans les souliers, un bijou de trop ou manquant… Tu me sais peu douée en subtilités… Et pourtant, je sens quand même ton regard parfois méprisant se poser sur moi, quand je circule dans les rues, au centre de tes entrailles qui sentent les chiottes (yo, c’est vrai, surtout sur les vieilles lignes).

En deux ans, j’ai peut-être changé. Avant, j’étais prête à tout pour que tu m’aimes. J’ai même cru y arriver, un bref instant…. Mais maintenant, je suis prête à te quitter, en sachant que tu ne m’aimes pas vraiment.

Mon père m’a déjà dit: « Leïla, tu peux être qui tu veux et réaliser tous tes rêves. » Pourquoi alors, suis-je accablée par toutes ces remises en questions, Paris? Chez moi, je suis la fille sympa et drôle et brillante et jolie et complètement névrosée, mais on m’aime quand même. Ailleurs, je suis la fille des pays du Nord avec un accent qui fait sourire et des histoires à entendre et à raconter. Avec toi, Paris, je me sens comme une bête de cirque un peu niaise qui fait honte par sa maladresse. Paris, ton langage codé et tes standards absurdes me donnent mal à la tête. Tu sais que je vaux plus que ça. Et toi aussi, tu vaux plus que ça. 

Ici, le poids des apparences pèse lourd sur la conscience… et sur la confiance. Chez toi, Paris, il existe des murs entre les gens. On ne vaut quelque chose que si on en a l’air. On représente le statut de que ce que l’on porte ou de ce que l’on semble posséder. Paris, n’importe qui d’un peu avisé sait qu’il faut pas tenir ces facteurs pour fiables.

Paris, ici, je n’ai rien. J’ai laissé tous mes biens et mon argent à Montréal. Et tu sais que j’ai horreur de tous ces flaflas, ce décorum, ces exigences qui dénaturent les gens. Mais j’ai pris une décision, je ne veux plus museler qui je suis rien que pour te plaire.

Paris, je te laisse une dernière chance. Montre-moi ta magie, encore une fois, comme dans le temps. Sinon je te quitterai pour de bon, la conscience apaisée d’avoir tout tenté pour t’aimer. Je reprendrai le large, le coeur libéré de mes chaînes, et j’irai de ville en ville, rassasier mon âme qui a soif d’authenticité.

 

Une réaction au sujet de « Lettre d’amour-haine à Paris »

  1. Merci pour cet article! Je me suis reconnu dans chaque ligne! Sauf qu’après avoir donné tant de chances à Paris, c’est retour à Montréal pour de bon. Bonne chance pour la suite!

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