Le dîner de clowns

Le dîner de clowns

Il existe une loi-non écrite qui stipule que chaque fois que je vais chez mes amies Justine et Léa, je termine la tête sans dessus dessous.

La première fois, j’étais tombée raide morte à la suite d’un coup de chaleur. La seconde, j’avais pleuré en petite boule sur leur futon toute la nuit pour cause d’ouragan sentimental non planifié. La troisième, qui a eu lieu mercredi soir, j’ai terminé la tête dans l’oreiller après avoir été malade comme une adolescente.

Mercredi, donc. Après avoir réussi à soudoyer une autre de nos amies respectives afin qu’elle vienne, elle qui a longtemps refusé des soirées en ce jour de la semaine en raison de la référence au film Le dîner de cons, où une personne est invitée pour faire rire d’elle, je suis débarquée dans le 19e arrondissement, quartier que j’affectionne situé loin de ma banlieue cossue. Oui, la dernière phrase est interminable, je m’en excuse.

Un arrêt chez le caviste m’a un brin retardée, car le vendeur, passionné comme il l’était, ne cessait de me décrire les cépages et les arômes, sans apercevoir les points d’interrogation dans mes yeux. J’ai réussi à mettre fin rapidement et poliment à son monologue afin de débarquer pour ce que j’appellerai ici le dîner de clowns, car je ne compte plus le nombre de conneries que l’on a dites durant la soirée.

Mes hôtes avaient pensé à tout. Ciblant l’endroit où je m’assois habituellement, elles ont dédié un petit mot gentil à mon effigie. Appelez-moi « Françoise Pignon » pour la soirée… Oui, je l’avais un peu cherché, en callant la shot sur Facebook en publiant des statuts faisant référence au film.

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Après avoir bien mangé plusieurs bouchées et bu d’excellents vins, j’ai finalement appris à lacer mes espadrilles comme une « vraie Parisienne », c’est-à-dire, avec les lacets à l’intérieur.

Whaaaaat?! Vous avez une manière de faire même pour les lacets? Ostie de détail con… Ah ouais, c’est vrai, c’est plus beau de même.

Après cette fort intéressante leçon de look, mes amies m’ont demandé de les tirer aux cartes.

Prétendant être une voyante russe prénommée Olga-qui-roule-ses-r, j’ai donc prédit quelques événements du futur proche à l’intérieur d’un cercle de sel, dans une pièce embaumée par un bouquet d’encens. Jusque là, tout va bien.

C’est après que ça s’est gâté. Mes chakras n’ont pas dû aimer le fait que je puise dans mon reste d’énergie vitale pour communiquer avec les forces occultes puisque, sitôt le tirage terminé, j’ai été prise d’un malaise.

Moi qui voulais me mettre au régime, je n’en avais plus besoin: j’ai passé la soirée à purger mon système digestif par voie buccale en passant le reste de la soirée en tête-à-tête peu galant avec les chiottes. «Être malade sur du si bon vin, quel gaspillage», me suis-je dit entre deux quintes peu appétissantes.

Il faut dire qu’à quatre, nous avions éclusé cinq bouteilles de rouge… Des Français, ça boit. Bien plus que chez moi. Mon foie est habitué à la bière, il n’a visiblement pas apprécié de troquer le houblon pour des cépages italiens… C’est durant ces moments-là que j’oublie que je suis âgée dans la trentaine et que je n’ai plus la fougue de mes 18 ans.

Je me suis donc effondrée raide morte sur le futon de mes amies, préparé pour l’occasion à l’arrache. Au moment d’écrire ces lignes, différentes photos témoignant de la soirée circulent dans nos conversations Messenger privées. Inutiles de spécifier que je ne les publierai pas ici, question de garder le peu d’orgueil qu’il me reste. Mais comme j’avais encore le sourire aux lèvres en m’endormant, je me dis que mon tempérament d’ivrogne ne doit pas être « si pire que ça ».

The Walk of Fame Shame

Après avoir survécu au lendemain de cette folle nuit, il me fallait me rendre à l’évidence: je devais rentrer chez moi. Un Doliprane (l’équivalent de Tylenol) et un café plus tard, j’étais pimpante de vie (not), prête à traverser tout Paris en transports en commun pour retourner à la maison.

J’ai donc quitté le 19e avec les cheveux sales relevés en chignon pour-ne-pas-trop-que-ça-paraisse-que-je-dois-les-laver et du crayon coulé sous les yeux. La classe!

J’ignore si c’était la fatigue, mais je me fichais totalement de me balader à travers la ville, incluant les «beaux quartiers» avec mon haleine de fond de tonne et mes vêtements qui sentent le vieux tabac séché de tout le monde qui avait fumé la veille. Ça aurait pu être pire: j’aurais pu sentir la sueur. Heureusement, mon déo français faisait la job. Et c’est vrai que son effet dure 24 heures, just sayin’

Chassez le naturel et il revient au galop, apparemment. Ça tombe bien, ce matin-là, j’ai retrouvé un instant mon côté je-men-câliste montréalais. Je suis rentrée chez moi, et j’ai remercié la vie du fait qu’il me reste une bouteille d’eau gazeuse au réfrigérateur. Quelle soirée!

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