Eat, pray, love, and eat again

Eat, pray, love, and eat again

Voilà un mois que je suis arrivée en Europe. Un mois où rien ne s’est passé comme prévu. Mais un mois riche en apprentissages de toutes sortes. Et ça ne fait que commencer… 

Lorsque j’ai pris la décision assumée, soulageante et certaine de revenir voyager en Europe durant des mois, j’étais au plus profond d’une (sempiternelle) remise en question existentielle. J’étais à la recherche de ce je-ne-sais-quoi qui ferait de moi une personne plus zen, plus groundée et plus forte, moins insécure, toujours en train de tout remettre en question. 

En attendant de pouvoir partir, je m’étais fait tatouer la lettre grecque phi sur le mollet. Il s’agit d’une représentation mathématique du nombre d’or, qui pour moi, signifie l’atteinte de l’équilibre naturel des choses, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur… Ça, c’était jusqu’à ce que le politicien Jean-Luc Mélenchon ne s’approprie le symbole pour son parti… « Du coup », je tente de cacher mon tatouage afin d’éviter toute affiliation politique erronée. Moi, militante? Jamais. Pour personne.

Pour me faire patienter, je regardais Eat, pray, love en cachette. Ça, et tout plein d’autres films qui donnent l’envie de voyager: L’auberge espagnole, Copenhagen, et même… Eurotrip (chut, ne le répétez pas!). Ce que je n’avais pas compris, à travers les films que je visionnais, c’est que, même à l’étranger, rien n’est gagné d’avance pour créer un peu de magie. Il faut… se laisser aller, chose assez compliquée pour la control freak que je suis.

Réfugiée à Lille chez mon oncle depuis une semaine, le temps froid me réchauffe le coeur. Pendant que Montréal vit son été des Indiens avec des températures ressenties de 30 degrés, ici, il fait 14 à peine. Ma tante me dit que c’est assez inhabituel, à ce temps-ci de l’année. J’en déduis que j’ai ramené un peu d’hiver dans mes bagages sans le vouloir…

Depuis mon arrivée en France, bien qu’en ayant perdu de nombreux repères, j’apprends petit à petit à retrouver des points d’ancrage, à découvrir des choses sur moi que je croyais insoupçonnées. Je réalise tout d’abord qu’il est important d’écouter mon envie de fuir, quand elle se présente. Certains trouveront ce mécanisme de défense un peu enfantint, voire lâche, mais pour moi, il sert à prendre du recul, à dompter mon impulsivité. Lesson learned. Achievement unlocked, comme ils disent dans les jeux vidéos.

J’avais déjà vécu toutes ces remises en question en 2015. J’étais rentrée avant d’avoir mis la main sur ce je-ne-sais-quoi que je viens chercher. Cette fois-ci, je compte bien me rendre jusqu’au bout de mon voyage… et de moi-même.. et de trouver.

 

Renouer avec une moitié d’ADN

Si, à Montréal, je n’avais pas réellement eu de contact prolongé avec mon côté maghrébin, je renoue avec celui-ci depuis mon arrivée en Europe.

J’ai passé une semaine en Catalogne avec mes cousins et, deux semaines plus tard, me voilà de nouveau à m’incruster dans leur quotidien, cette fois-ci plus au nord.

Faire partie d’une famille algérienne, c’est comme se trouver dans le film My big fat greek wedding: il y a tout le temps du monde. Et beaucoup.

J’ai ainsi fait la connaissance de deux de mes cousins, qui ont mon âge, en plus de revoir Tonton Otman, comme je l’appelle. Non, ce n’est pas mon oncle, mais c’est tout comme. Voyez-vous, le père d’Otman est le frère de mon grand-père. Sa mère est la soeur de ma grand-mère. En gros, les deux frères ont épousé les deux soeurs. Ce qui fait qu’Otman est le cousin « des deux bords » de mon père.

Quand j’étais enfant, il était venu passer quelques mois au Canada. J’avais l’âge que ses plus jeunes enfants ont aujourd’hui. Entre 1992 et 2017, 25 années sont passées. Je l’ai retrouvé les cheveux grisonnants, avec une femme et trois enfants, mais avec la même jovialité qu’à l’époque.

– La Chowwwwzz, tsé, se plaît-il à dire, imitant mon accent comme à l’époque.

– Arrête de niaiser! renchérit son fils, âgé de 10 ans seulement.

En venant passer du temps en famille, j’en ai donc profité pour rencontrer toute la ribambelle de cousins au deuxième degré. Des gens que je ne connais pas, mais qui eux me connaissent, parce que mon père leur a parlé de moi. Des gens que j’ai envie de connaître à mon tour.

Les enfants d’Otman ont 18, 16 et 10 ans. Entre la mode et les jeux vidéos, ils ont tous les intérêts que j’avais à leur âge. Et ils sont tellement attachants! Je suis d’ailleurs supposée éventuellement faire une virée dans les boutiques avec ma cousine, question qu’elle me relooke à la française, tout en conservant ma personnalité. Une activité qu’elle attend avec impatience!

Lors de l’anniversaire de ma tante Malika, j’ai eu l’occasion de rencontrer tous les autres «tontons» et tantes. Rien ne sert de le préciser: j’ai été accueillie comme une reine.

Une salade et des bourreks algériens. Photo: Leïla Jolin-Dahel

– Kouli, Leïla. (qui signifie « Mange »!)

– Mais je n’ai plus faim…

– Ah, mais il faut que tu goûtes! Kouli!

S’il n’y a qu’un seul mot à apprendre en arabe, c’est bien celui-là. Dans les familles maghrébines, on mange comme des rois, tout le temps. Je me suis donc gavée de bourreks, des genres de nems algériens, et de chorba, une soupe avec de la viande spécifiquement faite pour le Ramadan, même si cette période est passée.

La chorba. Photo: Leïla Jolin-Dahel
Le traditionnel couscous. Photo: Leïla Jolin-Dahel

 

Je noue des liens avec cette moitié familiale de gaieté de coeur. Rien n’est plus rassurant que du temps de qualité auprès des siens. Moi qui ai toujours été de nature sauvage, à Montréal, voilà que je me plais à rencontrer autant de gens.

Ici, le repas est un acte social, contrairement à l’Amérique du Nord, où tout le monde mange sur son coin de bureau, entre deux tâches, ou même en marchant dans la rue en se rendant d’un point A au point B. Ici, les gens prennent leur temps. Ils discutent. Je ne pourrai plus jamais manger seule en cinq minutes à mon bureau sans déprimer. Voilà, c’est dit.

J’ai également l’occasion de pratiquer quelques mots d’arabe-pas-trop-littéraire, dont mes connaissances ne sont que sommaires.

– Schkoun? (C’est qui?)

– Rhlass! (C’est terminé!)

– Washrak? (Comment ça va?)

– Saha. (Merci!)

– Ilaliqa! (Au revoir!)

Ok ok, je connais également certaines expressions vraiiiiiment vulgaires, mais je vais m’abstenir de les écrire ici.

Demain, Inch’ Allah, j’irai peut-être faire un tour express en Belgique, avant de rentrer dimanche sur Paris, le coeur un peu plus rebeu.

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