Cher toi

Cher toi

En attendant le retour de mon passeport, de savoir la date exacte de mon départ et l’endroit de mon arrivée, en attendant de régler plein de détails administratifs, et de terminer mes études, j’ai eu cet élan d’inspiration pour la Saint-Valentin (à défaut de vouloir crucifier Valentin, comme à chaque année):

Cher toi,

J’ignore à quoi tu ressembles, quelle langue tu parles, et quel est ton nom. Je ne sais pas non plus où, ni quand on va se rencontrer. J’ignore si ça va être un coup de foudre ou si on va être l’un pour l’autre des beautés latentes, le genre qu’on remarque à force de les côtoyer. Peut-être même que je te connais déjà, mais comme je suis tellement blasée de ma vie ici, je reste chez nous, en pyjama, à travailler, à voir des amis, à étudier et à regarder des séries en bouffant sur mon couch, pis à chanter « Si j’étais un homme, je serais fuckin’ romantique » dans des karaokés (les gens aiment ça, so, je continue !).

Si j’avais 15 ans, je te décrirais, avec des étoiles de naïveté plein les yeux, en une liste de pleine de qualités superficielles et qui n’ont aucun rapport avec le véritable amour. J’ai conservé tous mes journaux intimes depuis le secondaire, pis si je te les montrais, tu rirais probablement. Mais comme veni vidi vici (j’ai aimé, j’ai braillé, pis j’ai déchanté), ma liste de critères a un peu changé avec les années.

Si je te rencontre ici, sache que je vais partir. J’ai besoin de m’en aller, quitte à avoir droit à une scène déchirante pleine de larmes à l’aéroport. Mais si c’est effectivement toi, que j’attends, je vais avoir envie de revenir. Et si c’est moi, que tu attends, tu vas avoir envie de venir me rejoindre. Skype, ça aide un temps, mais tsé…

Si je te rencontre là-bas, sache que cela ne m’arrêtera pas de voyager. J’ai un besoin viscéral de partir d’ici et je rêve toutes les nuits que je me rends à un nouvel endroit. J’ai la nécessité de trouver ce point d’ancrage à l’intérieur de moi. Ça va être dur, mais tu m’en seras reconnaissant, un jour. Pis je pense que, quand deux personnes sont faites pour être ensemble, la vie fait sa job (même si des fois, on trouve que c’est une crisse de salope !).

Dans tous les cas, si tu me laisses partir en m’attendant, je vais avoir envie de te dire « je vais revenir, mais je dois y aller, je t’aime, mais il faut que j’aime ma vie, aussi ». Et ma vie à Montréal n’a jamais vraiment été un terreau fertile au bonheur. C’est même une ville pretty boring, quand on l’a trop vue. Ça fait que, tant qu’à m’emmerder en t’attendant, aussi bien faire de mon existence un voyage palpitant.

Les premiers mois entre toi et moi risquent d’être compliqués. J’ai souvent eu le cœur en décalé par rapport à ce qui se passait dans la réalité. Mon amour est lent à starter, je reste prudente. J’ai rarement eu des coups de foudre et les papillons dans mon estomac sont en voie d’extinction. J’ai beau être indépendante et endurcie, je compte sur toi pour augmenter leur population.

Je risque de sourire au début, de vouloir prendre mon temps. Je vais probablement aussi dire trop de niaiseries à la minute par nervosité, mais de ne pas vraiment te parler de moi, au début. Je risque aussi d’avoir envie de me sauver, ou de te mettre en pleine face tous mes défauts « qui sont pas si pires que ça » (selon mes amis, pas selon moi). Tu vas m’avoir à coups de rires et de petites attentions gratuites. Un moment donné, mon cœur en décalé va me dire « awaye, déniaise ». Et là, je vais peser sur l’accélérateur. Sois prudent, toi aussi, parce qu’une fois que je m’accroche, je m’accroche pour vrai. J’ai rarement dit « je t’aime ». Je l’ai même déjà ressenti sans jamais l’avouer. Mais quand j’ai finalement prononcé ces trois petits mots, il était trop tard (ok, dans ces temps-là, maudit que je trouvais que la vie était une salope…). Alors, s’il te plaît, si t’es pour t’évertuer à me faire flancher, sois sûr de ce que tu fais. Pour vrai. Pis pour longtemps. Mes ex pourront témoigner que je suis sérieuse quand je dis ça.

Parlant de mes ex, y’en a plusieurs avec qui je suis en bons termes. Certains sont même devenus de très bons amis, que j’invite à l’apéro ou avec qui je vais chiller en mou en regardant un film d’horreur pis en faisant des jokes phalliques. Sois rassuré, je les aime d’un amour fraternel. Par contre, y’a certains ex qui ont mis mon cœur sous respirateur artificiel parce qu’ils trouvaient que c’était trop d’entretien. Ceux-là, je ne leur parle plus (duh !).

Mais bref, revenons à l’essentiel. Les premiers mois risquent d’être compliqués. Au moment où je vais sentir que les papillons dans mon ventre ont augmenté leur population, ça va perturber mon écosystème intérieur. Ça se produit environ deux à trois mois après les débuts prometteurs. C’est pour ça que j’ai besoin d’être apprivoisée.

Je risque de badtripper, d’avoir envie de me sauver en courant, de penser que tu veux te sauver en courant, d’avoir mes antennes à shits à on, de ne pas oser t’en parler, d’avoir peur que tu aies peur, bref, d’avoir envie de fucker la patente. Mais si tu es différent, si tu fuckes pas tout de ton bord parce que toi aussi t’as la chienne, ben on va surmonter cette peur-là, ensemble. On va faire preuve de courage, ensemble.

Et puis quand on aura surmonté cette étape cruciale et que les beaux jours seront bien installés, je risque de te demander: « T’étais où, tabarnak ? Excuse-moi, j’ai dit tabarnak ». Et toi de me répondre que tu me cherchais, que j’étais bien cachée. Pis on va se trouver chanceux de s’être trouvés.

Je sais que je vais te trouver beau, que tu sois un grand brun ou un petit blond. Et avec toi, je vais adorer dormir en cuillère, te raconter mes journées, pleurer dans tes bras quand je suis en SPM, partir en roadtrip improvisé, passer des soirées à Netflix and chill, rater des recettes de bouffe, t’écouter me parler de ce qui t’inspire, découvrir plein de choses avec toi, remettre mon petit cœur entre tes mains en sachant que tu ne l’échapperas pas. Nos vies seront comme un diagramme de Venn avec quand même une pas pire bulle commune.

Et toi, passé le stade de la chienne qui te pogne les tripes, tu vas avoir envie de me flatter les cheveux en me regardant dormir, de me conter ta journée et les jokes qui te passent par la tête, à vouloir me parler de tes joies, tes peines, à me présenter à ta mère (inquiète-toi pas, je sacrerai pas devant elle ! Je sais me tenir quand il le faut !), à me texter n’importe quoi juste parce que t’auras envie que je te réponde n’importe quoi. Tu vas me trouver belle, que ce soit quand je le fais pour toi ou pour sortir, ou au lendemain d’un party où on a un peu trop fait la fête.

Quand ça va faire des semaines, des mois, et que tu vas réaliser que c’est vrai, cette fois-ci, toi et moi, on va avoir le courage que ça demande de s’abandonner l’un à l’autre, dans toute la confiance et la tendresse que ça implique. On va former une formidable équipe. On sera les meilleurs amis, des amants extraordinaires et des partners in crime. Pis pour le reste, on jasera de ça ensemble. Je viens déjà de t’en dire pas mal, anyways.

Leïla

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :