Biarritz: Une dépression tropicale au coeur de l’été indien

Biarritz: Une dépression tropicale au coeur de l’été indien

« L’important, ce n’est pas le lieu où l’on se trouve, c’est l’état d’esprit dans lequel on est », écrit Anna Gavalda à la page 58 de son recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part. À Biarritz depuis quelques jours, j’ai de la difficulté à profiter de l’été indien du Pays basque en raison de mon éternel côté depress.  

« Je me souviens qu’il écrivait ça à un copain qui avait le bourdon et qui voulait voyager. L’autre lui disait grosso modo que c’était pas la peine étant donné qu’il allait se trimballer son paquet d’emmerdements avec lui », poursuit l’auteure, plus bas dans la même page. « I feel you », ne puis-je m’empêcher de penser.

Sur la plage, ces paroles font écho à mon ressenti. Pourtant, il fait beau et chaud. Mon bronzage renaît et l’on me dit que je suis belle. Je sens l’odeur d’iode et j’entends le bruit des vagues. Les surfeurs sont sexys et n’importe quelle fille trouverait de quoi se rincer l’oeil. Mon amie qui m’accueille parle du Québec, sa mère aussi. Elles ne comprennent pas les Français qui croient que les Montréalais vivent dans des sous-terrains. Je ris.

La nuit, mon amie ronfle. Moi, je parle en dormant et je grince des dents, ça a l’air. On fait une belle paire.

Les discussions sont animées, et je suis bien accueillie. J’ai goûté le merlu, poisson local bien prisé des Biarrots. On mange bien, ici.

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Mais j’ai le coeur en décalé, comme à Montréal. Mon corps est physiquement au paradis, mais ma tête est quelque part dans les méandres de mes remises en question existentielles. Force est d’admettre que mon voyage en Europe n’est finalement pas la solution à mon malaise intérieur.

« I’ve become comfortably numb », comme chanterait Pink Floyd. « J’m’en câl***e» est mon nouveau mantra. Bon, ça suffit, les descriptions. Une image vaut mille mots apparemment. Voici donc une illustration de la dessinatrice Gemma Correll qui dit tout:

 

Je suis donc là, assise sur une serviette de plage en train de bronzer malgré moi en lisant des nouvelles sur des gens paumés si brillamment écrites par Anna Gavalda. Le tout, entrecoupé de questionnements existentiels, as usual.

« Mais au fait, qu’est-ce que je cr***e encore en Europe? Allez, je suis là, il faudrait en profiter! Non, mais c’est quoi mon fu**ing  problème? Il faudrait que je perde un bon 10 livres. Finirai-je mes jours toute seule? Je fais quoi, là? Man, j’ai envie de rentrer à Montréal. Non, je m’emmerderais au bout de trois jours. Oui, je veux rentrer. Demain? Non, d’ici quelques semaines, Leïla, chaque chose en son temps. Je vais avoir envie de rester, finalement, rendue là? Je sais pas. Quoi, je sais pas? Je veux pas rentrer à Paris. Ça, je le sais. À Montréal non plus, sans doute. Mais je suis pas bien. Pourquoi? Verba volant scripta manent, qu’il m’a écrit. F**k, ça veut dire quoi, ça? Le latin, c’est encore plus compliqué à interpréter que le chinois. J’m’en câl***e, au pire. Je dois faire du ménage en arrivant. J’aime pas laver les planchers. Ah, je pourrais rentrer. Ce serait une bonne idée. Et là-bas, j’ai assez d’argent pour m’acheter un appartement. Je pourrais péter tous les murs et en faire un loft romantico-industriel-bohème. Pinterest style. Montréal, pour sûr?  ».

Une voix me dit dans ma tête (oui, je me parle souvent) que le vrai problème n’est pas « où », mais bien « comment » je pourrais arriver à être bien. « Avec qui », aussi. « Avec moi serait un bon début », que je me réponds. Maudit qu’elle a raison, ma conscience de marde qui me renvoie dans la face les vraies questions auxquelles je n’ai aucune réponse.

Allez, tant qu’à crever de chaleur et à être là, aussi bien aller me pitcher dans l’eau.

« Ah! Qu’elle est froide! Non, finalement. Elle n’est pas si pire que ça. Le sable est doux. »

J’avance lentement dans la mer, et j’aimerais qu’elle m’avale. Je suis là, les deux pieds bien ancrés dans le sable mouillé, les bras levés, à recevoir des vagues en pleine face. Des baigneurs tombent; je reste debout. Et j’avance. Tranquillement parce que je ne veux pas, finalement, être avalée par l’océan. J’ai toujours été comme ça: timide et peureuse et introvertie. Mais j’essaie. Comme là, je mets un pas devant l’autre et je m’enfonce dans la mer. J’irai le plus loin possible sans risquer de perdre un verre de contact dans l’eau.

Tiens, je ne pense plus à rien, que je me dis, même si le fait de penser qu’on ne pense à rien équivaut à penser quand même. La mer. La seule chose à ce jour qui me permet de donner un break au hamster qui spinne continuellement dans ma tête. C’est mieux que des médicaments, I guess. Un anxiolytique naturel, eh bien. J’en veux. Encore plus. Ça va mieux.

 

Balade historique à Saint-Jean-de-Luz

Biarritz, c’est la ville des « riches-bobos-de-droite », tandis que Saint-Jean-de-Luz est celle du peuple, selon la mère de mon amie, originaire d’ici. Inutile de préciser qu’elle préfère le peuple.

Elle et son mari m’en content des belles, alors que nous nous baladons le soir dans les rues de cette ville basque.

Il y a entre autre un « riche commerçant fou » qui a fermé boutique en laissant tout son stock épars dans les locaux. Il veut vendre, mais à un prix tellement élevé que personne n’en veut. Ironiquement, à travers le bordel qu’on aperçoit dans la vitrine, un t-shirt sur lequel il est écrit « Je suis ruiné. Complet », pend sur le bord de la fenêtre. Il a du culot, ce gars, quand même.

Le commerce fermé depuis forever à vendre à un prix de fou. Photo: Leïla Jolin-Dahel

On est aussi passés devant l’église où Louis XIV a épousé Marie-Thérèse d’Autriche avant de faire condamner la porte afin que plus personne n’y passe. Pas trop humble de sa personne, le Roi-Soleil. Je comprends pourquoi les Français ont finalement guillotiné tout le monde durant la Révolution… même si c’est pour finalement remplacer les monarques par des politiciens… Mais ça, c’est une autre histoire.

La porte condamnée par Louis XIV. Photo: Leïla Jolin-Dahel

D’ailleurs, en parlant de Marie-Thérèse-de-Quelque-Chose, la maison où elle a passé sa dernière nuit en tant que vierge Infante d’Espagne est située pas trop loin. Une jolie bâtisse rose qui me donne envie de remonter le temps, pour voir comment c’était, une fille qui stresse la veille de son mariage, dans ce temps-là.

Là où Marie-Thérèse-d’Autriche a passé sa dernière nuit de jeune pucelle. Photo: Leïla Jolin-Dahel

Saint-Jean-de-Luz est une ville tellement riche en événements historiques. Le beau-père de mon amie m’a même raconté qu’au port, des corsaires pillaient les bateaux. À la différence des pirates, ceux-ci étaient engagés par le roi pour faire chier les étrangers.

Aujourd’hui est mon dernier jour au soleil. Météo France prévoit que Paris braillera encore sa vie à mon retour, demain. En attendant, je me dis que je ne perds rien à aller au Rocher de la Vierge pour lancer une bouteille à la mer… ou à l’Univers.

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