Au point de non-retour

Au point de non-retour

J’annonce officiellement la renaissance de Six heures plus tard. La raison est simple: je retourne en France. J’ignore toutefois si je pars pour quelques mois ou … définitivement.

C’est en décembre que j’ai pris assumé ma décision.

Cela fait des années que je dis qu’un jour, je vais tout plaquer et partir. Si j’ai ruminé ça à qui veut l’entendre surtout pour me défouler, aujourd’hui, cette perspective semble sur le point de se concrétiser.

Après avoir passé trois mois à Paris en 2015, je ne voulais plus rentrer à Montréal. Mes dernières nuits passées dans la Ville Lumière étaient remplies de larmes comme si je m’apprêtais à quitter l’amour de ma vie pour des raisons déchirantes. Non, le Québec n’est pas là où je vivrai, bien que je sois fière de mes racines. J’étais prise d’une telle certitude que les trois semaines qui ont suivi mon retour dans la métropole québécoise étaient ponctuées de rêves où je reprenais l’avion pour la France. J’avais le sentiment viscéral de ne pas avoir terminé ce que j’avais à faire là-bas.

Seule la raison me ramenait au Québec: un appartement à payer, un boulot assez ordinaire dans un domaine loin de mes affinités, des études à terminer. J’avais compté environ deux ans. Je m’étais fait une promesse: « Après mes études, si je ressens encore ce vide intérieur en moi, cette écoeurantite aiguë de tout quand je suis ici, et que je suis célibataire, je repars ».

Et seule ou en couple, ce sentiment ne m’a jamais quittée depuis mon retour en sol québécois. Je me sens comme Julia Robert au début du film Eat, Pray, Love, adapté du livre du même nom. Blasée, vide, perdue. Non, ce n’est pas remplie de ces sentiments-là que je veux vivre ma vie.

Après m’être un peu ruinée durant mon premier voyage en France, où j’avais parcouru les quatre coins du pays, j’ignorais comment « rationnellement » réaliser mon plan. Un boulot de rédactrice en télé-travail au sein d’une start-up est tombé du ciel. L’entreprise en pleine expansion est jeune, dynamique. Elle me ressemble et me permet d’écrire de n’importe où. AMEN!

Puis, une rupture. Je me suis dit en rentrant chez moi ce soir-là: « Voyons le côté positif. Désormais, plus rien ne me retient ici.»

J’ai peur de tout plaquer et me lancer dans le vide. Ma raison et mes anxiétés me disent que c’est complètement fou. Non, la France, ce n’est pas l’Eldorado, même si j’aime ce pays d’amour. Et s’il y avait un autre attentat? Et si mes amis là-bas m’avaient oubliée? Et si je n’arrivais pas à m’installer quelque part? Et si? Et si? Et si? Puis, je me dis: « Fuck that, I’m done here ». La perspective de rester au Québec, en terrain connu, me donne des nausées.

J’ai besoin de trouver des points d’ancrage en moi-même. J’ai besoin de me sentir vivante à nouveau. Je veux découvrir des saveurs, des odeurs, des paysages, des gens, des idées, des monuments. J’ai besoin de parcourir le continent, du nord au sud, d’ouest en est. J’ai envie de serrer de vieux amis dans mes bras, de prendre l’apéro sans que ça me coûte la peau des fesses, de me promener incognito dans les rues, là où mon instinct me mène et où je n’ai pas encore de souvenirs, de partir voir la mer en Irlande, de boire du porto au Portugal, de danser le flamenco en Espagne, de retourner trop manger en Italie, de voir le soleil de minuit en Scandinavie…

J’ai toujours été plus sage qu’à mon tour. Et mener une existence rangée ne me va pas bien. J’ai essayé, tant bien que mal, d’avoir une vie qui ne me correspondait pas. Je me fane de l’intérieur. Je suis éprise de liberté, d’amour, de découvertes, de voyages. Et même si je pense trop, que j’ai de la difficulté à mettre mon cerveau à off sans prévoir tous les scénarios catastrophes possibles, j’ai le coeur bohème. Il serait temps que je l’écoute.

Donc voilà. Je repars. Mes études se terminent en avril et je peux rédiger de n’importe où. Tous les astres sont alignés: je demande le PVT et je vends tout. Je débarquerai cet été ou cet automne, sans mes chaînes.

Cette fois-ci, ce sera vrai. Cette fois-ci sera la bonne.

 

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